Joli Garçon

Publié le par Terry Den

Joli Garçon

JOLI GARÇON

TARAWA (PACIFIC)

Epic 84678 (dist. CBS)

Sang frais. Sens chauds. Ils débarquent d’une ville aussi improbable que Sète, avec une heureuse harmonie de fantasmes nordiques et de langueur méditerranéenne.

Joli Garçon, une chance pour un groupe français de vitrioler les médias sans verser dans l’anarcho-syndicalisme, le banlieue dream ou le dylanisme faisandé. « Tarawa » est un album chaud et précieux, une réussite heureuse, une somme de chansons d’inspiration et d’instrumentation variées ; c’est moderne, riche et sensible. Venez visiter l’île avec moi.

« T.B.T.M.T.C. » (T’es beau t’es moche t’es con), minimalisme sur fond de spleen mécanisé. « Mate Mes Chromes (Cherry) », drumming disco et guitares bavardes à la new-yorkaise, un genre de funk albinos, un suspense de serial américain. « Boulimie », un garçon moderne esclave de l’image cathodique (« Il faut que je mange…/ Me laissez pas seul avec ma télé »), en rock majeur. « Joli Garçon », garçon de passe de St Germain à l’Opéra, itinéraire nocturne sur beat obsessionnel. « Scout Jean-Yves », a cappella, puis au synthé, tout l’univers flashy des héros de la collection Signe de Piste, totems animaliers et amitié particulière. Écoutez le crépitement du feu de camp et la ferveur du chant des adolescents fragiles et virils en uniformes bleus dans l’air parfumé du soir… « Un garçon comme les autres », c’était la première face.

Introducing cinérama : « Noix de Coco », guitares hawaïennes, plages et bikinis, Calypso Hotel, « Des garçons/sexes et maillots mouillés » ; le soleil caresse les percussions, une mer turquoise, une atmosphère très Loustal, cocktails et filles pulpeuses, le rock tangue et coule voluptueusement ; une chanson moite, qui vous prend « là », précisément. « Roboribus », un peu les Doors, grosse basse pressée et piano arpèges, chantée en latin, n’est ni plus ni moins qu’une danse grégorienne. « Dance Fixed », défoncé à la danse, swing robotique jusqu’à l’aube dans un club humide, pas la danse-sueur des machos ritals travoltesques, mais la frénésie hystérique des clones urbains à la James Chance. « Neun A Neun » funk germain, les accents gutturaux de la langue de Goethe (et Baader) adaptés au beat conjugué de la basse et de l’orgue. Une chanson de guerre. « Fall Up The Kinder » et « Faces de Prunes », encore deux gemmes de rock original et personnel : cette face s’intitule « Sur la plage de Betio », et les faces de prunes sont bien sûr les aviateurs nippons dans « Buck Danny », le héros des jolis garçons qui aiment l’aventure comix.

La qualité est constante, le son fourmille d’inventivité maîtrisée, cela danse et vibre, les lyrics sont audibles, les ambiances sont campées comme au cinéma, la pochette est superbe, l’heure de Joli Garçon a sonné. Fier, beau, sensuel, intelligent et heathly, le dernier dans l’eau n’est plus bon que pour la répression hexagonale.

JEAN-ERIC PERRIN.

Rock & Folk - 1980

'Diabolo Menthe' de Bernard Faucon illustre aussi le LP 'Tarawa Pacifique' et la K7 ( EPIC - 1980)

'Diabolo Menthe' de Bernard Faucon illustre aussi le LP 'Tarawa Pacifique' et la K7 ( EPIC - 1980)

Chronique du LP dans Rock & Folk - Jean-Eric Perrin - 1980

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